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    Le portrait d’André L’Huillier

    peint par les yeux de sa famille

    André L’Huillier est une personnalité qui aura profondément marqué la vie genevoise tout au long du XXe siècle. Propriétaire et patron de la régie éponyme, comme son père et son grand-père avant lui, il était particulièrement actif dans la vie économique et culturelle genevoise. Né le 13 mars 1937, issu d’une famille fière de ses racines genevoises, André L’Huillier s’est constitué au fil des ans une impressionnante collection d’art. Aujourd’hui, son épouse et ses deux filles tiennent à mettre en valeur cet héritage.

     

    Fondée en 1825, la Régie André L’Huillier est la plus vieille régie de Suisse. Avec la Régie Opériol, elles ont donné une belle notoriété au Comptoir Genevois Immobilier, devenu depuis le Comptoir Immobilier, dans lequel André L’Huillier et Paul Epiney, son fondateur et actuel Président et administrateur délégué, ont connu de longues années de collaboration.

     

    Entretien à bâtons rompus avec son épouse Renée et ses deux filles Laurence et Stéphanie, qui nous permettent de revivre les passions et l’engagement d’André L’Huillier, trop tôt disparu.

    La passion du collectionneur

    Cette passion lui est venue de ses parents, qui étaient déjà collectionneurs. Il avait cela dans le sang : il aurait pu collectionner des boîtes d’allumettes. Il collectionnait toutes sortes de choses : des tableaux de jeunes peintres, l’art africain, des œuvres représentant le Cervin (que son épouse avait gravi), les rubans de cigare, les balances, les monnaies de troc… André L’Huillier a commencé à développer sa propre collection d’art contemporain dès l’âge de 20 ans, par pure passion. Il avait l’œil pour déceler la qualité d’un artiste avant tout le monde et entretenait avec plusieurs plasticiens des relations privilégiées. Bien qu’il soit décédé en avril 1998, il y a 21 ans déjà, sa personnalité manque beaucoup à Genève, et de nombreuses personnes auraient aimé pouvoir le rencontrer. Sa renommée a d’ailleurs largement dépassé les frontières du canton.

     

    André L’Huillier, membre fondateur du MAMCO

    La création du MAMCO s’est décidée dans les murs de la maison familiale. Dès les années 1970, un groupe de passionnés s’efforce de trouver un véritable lieu d’exposition pour l’art contemporain, jusqu’alors réduit à quelques accrochages au Musée d’Art et d’Histoire. André L’Huillier et quelques amis pensent alors à la SIP, cette usine en friche située en plein milieu de la ville. Après vingt ans d’efforts, le MAMCO y ouvre sa première exposition en 1994.

     

    Statufié de son vivant au Rond-Point de Plainpalais

    Avec sa statue érigée sur le Rond-Point de Plainpalais au début des années 1980, André L’Huillier était d’ailleurs très fier de figurer de son vivant dans sa ville natale. Il fait partie d’un groupe de quatre personnages réalisé sur cette place par l’artiste Gérald Ducimetière. A ce sujet, pour procéder à cette opération, le visage d’André L’Huillier a dû être entièrement moulé dans le plâtre. On lui prenait même la tension toutes les cinq minutes pour s’assurer qu’il allait bien. Assis sur un banc, il trouvait qu’il avait la meilleure position.

     

    Quelques années plus tard, le cigare de sa statue a été vandalisé. Cet acte s’est produit peu après qu’un cancer lui ait été diagnostiqué. André L’Huillier étant un grand fumeur de havanes, il a lui-même interprété cela comme un symbole. Aujourd’hui, sa statue est souvent prise en photo et quelques intimes lui rendent hommage en s’y arrêtant.

     

    La collection d’André L’Huillier

    Elle se trouve à la fois dans les locaux du Comptoir Immobilier et dans la maison familiale. Parfois des musées demandent à pouvoir emprunter quelques œuvres pour des expositions, à Genève ou à l’étranger.

     

    Le rapport avec les artistes

    André L’Huillier ajoutait chaque année de nombreuses œuvres à sa collection. Dans les années 1980, il décide d’interrompre ses acquisitions pendant une année, qu’il appelait « sabbatique » : il n’a jamais reçu autant de tableaux de la part de ses artistes fétiches que cette année-là! Il recevait chez lui des artistes, des galeristes, des collectionneurs, lors de soirées qui se prolongeaient fort tard dans la nuit.

    Ses deux filles, qui ont baigné dans le milieu de l’art contemporain, apprécient lors de leurs voyages à l’étranger la visite de musées et de galeries : la sensibilité à l’art fait partie de leur héritage.

     

    La galerie Ruine

    André L’Huillier a créé Ruine en 1987. Le concept de cette galerie est de donner la chance à des artistes de tous horizons d’exposer leurs œuvres afin de se faire connaître. Ils sont gestionnaires de leur propre exposition pour une durée d’une semaine. Ruine poursuit encore ses activités aujourd’hui. D’ailleurs, sa fille Laurence y a effectué sa première exposition de photos cette année.

     

    La personnalité d’André L’Huillier

    « C’était quelqu’un de très sensible, un sage, un homme bon et généreux. Il respectait les avis contraires. Il était très émotif et foncièrement juste. André L’Huillier ne supportait pas l’injustice et les mauvais comportements. Il avait une mémoire d’éléphant, il se rappelait tout. C’était un bon vivant, un épicurien. C’était aussi un patron très apprécié. Il avait un sens de l’humour exceptionnel. Il est parti tôt mais a vécu pleinement sa vie et en a fait profiter tout son entourage. »

     

    André L’Huillier et ses filles

    « Nous avons grandi dans un milieu atypique. Il nous emmenait partout, dans tous les milieux artistiques (vernissages, musées, expositions, etc…). Nous étions toujours les seuls enfants présents. Il parlait beaucoup de nous. André L’Huillier disait même : « J’achète toujours mes œuvres d’art par paire, parce que j’ai des jumelles ». Il était très fier de nous, il nous mettait sur un piédestal, nous adorait. Il nous préservait et nous protégeait, jusqu’à ses derniers jours. A 30 ans, nous restions encore ses petites filles. C’est peut-être caractéristique de cette génération. Aujourd’hui, on écoute davantage les jeunes, leurs idées. Suisse allemande et Tessinoise d’origine, notre mère était plus organisée, plus terre-à-terre. Ils se complétaient merveilleusement bien. »

     

    Le sport et le Valais

    « Notre mère était très sportive, elle pratiquait l’alpinisme, le ski et le golf. Notre père, pas du tout, mais il faisait partie de nombreux clubs. C’était un très bon navigateur, il a grandi sur le Lac. Il était également parrain des guides de montagne du Val d’Hérens et a même organisé une coupe de ski de fond à son nom à Crans-Montana. On faisait donc du ski de fond une fois par année. Il adorait le Valais. En revanche, pour l’immobilier, il voulait rester local, à Genève. »

     

    Les locaux de la rue Petitot

    Située au 5 rue Petitot, la Régie André L’Huillier a déménagé à Rive en 1993 pour rejoindre le Comptoir Genevois Immobilier. Avant le déménagement, ses filles aimaient débarquer à l’improviste dans les bureaux de leur père pour passer un peu de temps avec lui. Pour plaisanter, André L’Huillier disait qu’il avait un chauffeur qui l’attendait. Mais son chauffeur était en réalité le tram 12… Un trait caractéristique de son humour.

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