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    Le TF35 vu par les experts

    François Gabart et Billy Besson

    Fin mars, deux personnalités de la voile française ont navigué à bord d’Ylliam XII – Comptoir Immobilier, afin d’apporter un regard neuf et externe à l’équipage. En attendant les événements de Scarlino en Toscane en septembre et octobre, nous vous proposons un retour sur un partage d’expérience prolifique.

     

     

    François Gabart, vainqueur du Vendée Globe, recordman du Tour du monde en solitaire, et skipper du trimaran Ultime flambant neuf SVR Lazartigue, ainsi que Billy Besson, quadruple champion du monde de Nacra 17, spécialiste du multicoque de sport et skipper du bateau français SailGP ont navigué quelques jours à bord d’Ylliam XII – Comptoir Immobilier en mars dernier, afin d’apporter leur expérience et leurs imputs au reste de l’équipage. Qu’ont-ils pensé de cette expérience sur le foiler lémanique ?

     

     

    François Gabart

     

    Comment s’est passée cette première expérience en TF35

    Ce n’était pas véritablement ma première expérience, car j’ai eu l’occasion de tirer quelques bords à bord de Zoulou en Bretagne. Mais c’était la première fois que j’expérimentais le bateau sur le plan d’eau pour lequel il a été conçu, le Léman avec ses airs plutôt légers.

    Nous avons donc navigué dans des conditions assez typiques du plan d’eau avec un maximum de 12 nœuds de vent. Nous avons pu expérimenter autant le mode archimédien que le vol. Les conditions étaient idéales pour expérimenter les différentes phases, et voir quand il est plus optimal de voler, ou de glisser sur l’eau, quelles sont les phases de crossover.

    J’ai été fasciné par la capacité d’accélération du bateau, j’ai vraiment découvert un nouveau monde. Atteindre de pareilles vitesses avec aussi peu de vent est fabuleux.

    La facilité de vol est remarquable. Sans connaître le bateau, j’ai tout de suite trouvé mes marques. C’est un bateau très accessible pour lequel il y a une belle marge de progression pour améliorer la performance.

     

    Quelle est la différence entre voler en TF35, ou sur les grands multicoques océaniques ?

    Il y a à la fois beaucoup de points communs, et beaucoup de différences. Au large, la mer est rarement plate, et l’enjeu c’est de trouver de la stabilité quand l’état de la mer est compliqué. En ce sens, le TF35 est intéressant, et les développements qui ont été faits pour optimiser la stabilité de vol peuvent nous être utiles. Ceci dit, les TF35 ont fait le choix de l’asservissement du système de vol, ce qui signifie que c’est un ordinateur qui gère ce paramètre. En course au large, c’est interdit. Mais les recherches réalisées pour le TF font progresser la connaissance du vol en général, et c’est passionnant.

     

     

    Justement, au le sujet de l’asservissement des systèmes de vol, quelle est votre position ?

    Une des règles fondamentales de la course à la voile, c’est l’autonomie des systèmes. Ce qui veut dire qu’on n’utilise pas de moteurs pour actionner les winchs, ou pour quelconques manœuvres. Il y a une dérogation à ça, c’est le pilote automatique. Je pense donc qu’il serait absurde de faire tourner un moteur sur un voilier pour créer de l’énergie destinée à actionner des éléments. Il serait contre-nature d’avoir une consommation d’énergie disproportionnée pour faire de la voile. Mais ça, c’est pour la course au large, et il n’est pas exclu que les choses évoluent et qu’on puisse à terme produire de manière autonome un peu d’énergie permettant d’acquérir plus de stabilité de vol. Pour un bateau comme le TF35, qui n’a besoin que d’une petite batterie qui sera rechargée à terre, pour une journée de navigation, le principe d’asservissement me semble par contre intéressant et cohérent.

     

    Un circuit international pourrait se développer pour les TF35 qui vont naviguer en mer cet automne, qu’en pensez-vous ?

    Je m’autorise une comparaison avec la course au large, qui est très franco-française (même s’il y a des exceptions). C’est un écosystème qui marche très bien. Le succès du Vendée Globe ou la route du Rhum le démontre. Il y a de nombreuses tentatives pour internationaliser la discipline, mais il y a des différences culturelles qui font qu’on se retrouve toujours essentiellement entre français. Je dis ça car il faut être attentif à la culture lémanique. Ce qui se passe chez vous en termes de développement est fantastique, et j’adore venir naviguer en Suisse. Il y a un contexte particulier qui a permis tout ce qui s’y passe. Je me demande donc si tout ça est véritablement exportable ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, et tenter d’internationaliser la série. Mais il faut garder le socle, les racines du projet, qui fonctionne remarquablement bien sur le lac.

     

     

     

    Billy Besson

     

    Quelles ont été vos premières impressions à bord du TF35 Ylliam XII – Comptoir Immobilier ?

    C’est un bateau super-intéressant, il permet de voler tôt avec peu de vent, et c’est vraiment sympa. Aujourd’hui, il y a beaucoup de bateaux qui volent. Presque tous les catamarans de sport le font, et même quelques monocoques. Mais décoller aussi rapidement, dans des conditions aussi light c’est complètement incroyable. Les accélérations sont remarquables, c’est une autre forme de voile qui n’est pas conventionnelle. On n’est pas encore habitué à ça. Peut-être que dans vingt ans, ça sera la norme. Mais là c’est bluffant!

     

    Qu’avez-vous pensé du système d’asservissement des foils ?

    Ça permet d’être libéré de cette tâche qui est sensible est complexe. En SailGP (catamarans à foils de 50 pieds) par exemple, il y a un membre de l’équipage qui ne s’occupe que de contrôler la hauteur de vol. Ça prend le travail d’une personne qui ne fait rien d’autre sur toute la régate. Faire faire ce travail par un ordinateur me semble dès lors un bon choix.

    Après, il y a des améliorations à envisager, notamment au niveau de la prise d’information et des capteurs. Mais les développeurs de la classe vont très certainement faire ce qu’il faut pour que le système fonctionne toujours mieux.

     

    Qu’avez-vous observé par rapport au fonctionnement du team d’Ylliam XII – Comptoir Immobilier ?

    C’est une équipe qui fonctionne bien. Bertrand Demole est vraiment très assidu. Il a envie de progresser, s’investit beaucoup. On sent son envie de gagner, c’est remarquable. Évidemment, comme il fait ça à côté de son activité professionnelle, il n’a pas les réflexes ni le perfectionnisme de gens comme nous qui faisons ça toute l’année. Il ne doit donc pas chercher à se comparer car ce n’est pas son métier. Mais il a un excellent esprit de compétition et de véritables compétences à son poste.

    Par ailleurs, l’équipe s’articule autour de Pierre Pennec, qui est un peu le point central à bord. C’est un peu le pivot du team, si je fais une comparaison avec le handball. Pierre est le référent et il fait très bien les choses, c’est reconnu par les autres, et la structure fonctionne bien.

    Le TF35 reste un bateau très exigeant physiquement, il faut toujours avoir le bon geste, beaucoup de coordination, de force et d’énergie. Ça se passe très bien sur Ylliam XII – Comptoir Immobilier.

     

    Qu’avez-vous apporté à l’équipage avec votre expérience du multicoque volant ?

    Je pense que j’ai amené un peu de clairvoyance dans l’organisation générale à bord. Au début, c’était assez difficile de voler de manière stable. On observait nos concurrents, et on voyait qu’ils faisaient un peu mieux que nous. Le vol stable est une composante subtile entre le réglage des voiles et celui des foils, il faut que les forces soient égales. Nous avons donc travaillé avec l’équipe pour trouver des techniques appropriées visant à améliorer cette stabilité. Je crois que mon regard les a aidé à être mieux en vol. La stabilité permet de lisser la vitesse, d’éviter les accélérations et décélération, et ainsi d’avoir une vitesse moyenne plus importante, dont d’améliorer la performance.

     

     

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