Belle-Terre : Sisse Norman Canguilhem accompagne la deuxième phase du projet
Comment la gouvernance et le dialogue entre acteurs façonnent le futur quartier
Belle-Terre entame sa seconde phase de développement en misant résolument sur la culture du bâti. Les maîtres d’ouvrage s’apprêtent à sélectionner les équipes d’architectes au terme d’une procédure en trois temps : auditions, définition des principes garantissant la qualité du futur quartier, puis élaboration de propositions fondées sur des critères communs. Sisse Norman Canguilhem – vice-présidente du Green Building Council et ancienne diplomate – a été nommée présidente du Collège d’experts chargé de la sélection et du suivi des mandataires. Une nomination qui confirme la volonté du Groupe Comptoir Immobilier d’assurer une qualité architecturale et urbaine exemplaire pour la suite du projet.
Pouvez-vous vous présenter brièvement et rappeler vos fonctions actuelles ?
Titulaire d’une formation en sciences économiques et politiques, j’ai travaillé une quinzaine d’années comme diplomate pour le Danemark, notamment au sein des Nations Unies à Genève. Aujourd’hui vice-présidente du Green Building Council, je me consacre au secteur du bâti et accompagne, depuis plusieurs années, maîtres d’ouvrage publics et privés, investisseurs et municipalités dans leur transition énergétique. J’interviens également comme administratrice au sein d’une organisation européenne engagée pour l’économie circulaire. Le fil conducteur de mon parcours est de créer des cadres de gouvernance clairs, favoriser le dialogue entre acteurs et transformer les objectifs en décisions.
Selon vous, quels aspects de la culture du bâti se concrétisent ils à Belle-Terre ?
La première phase du projet constitue, à mes yeux, une réalisation de grande qualité. Ce site ne se définit pas seulement par ses bâtiments, mais par la manière dont les habitants y vivent, entre eux et en relation avec la nature. Le paysage et les espaces publics sont conçus comme le socle même du projet de construction. Les usagers sont également placés au centre du projet, grâce à la mobilité douce et à des rez-de-chaussée imaginés comme des espaces favorisant la vie collective. La durabilité est fondamentale par le biais d’un ensemble de mesures, comme le recours
à la géothermie, une gestion optimisée de l’eau, un soin particulier apporté à la biodiversité, etc.
Les préparatifs de la deuxième phase s’inscrivent dans cette même démarche. Le dialogue soutenu entre tous les acteurs, en amont du projet, me paraît exemplaire et constitue, à mes yeux, un investissement courageux. C’est précisément cette attention portée aux étapes préparatoires qui permet à la deuxième phase de s’appuyer sur le socle solide établi par la première.
Qu’en est-il de la méthodologie de travail adoptée ?
Le projet Belle-Terre repose sur une forte transversalité entre disciplines et sur une approche résolument holistique. Avec une telle démarche, il est plus aisé de désamorcer les litiges, qui restent inévitables dans toute opération immobilière de cette envergure et de cette complexité. L’expérience montre également que cette approche conduit à des projets immobiliers de meilleure qualité, plus durables et plus attractifs, qui génèrent davantage de valeur dans le temps. Par ailleurs, les retours des habitants déjà présents sur le site sont intégrés aux études en cours, confirmant que la seconde étape s’inscrit dans la continuité de la première.
Quelle contribution apporterez vous en termes de modes de médiation ?
Mon rôle sera de décrypter les motivations et les priorités en matière de durabilité – sociale et économique et environnementale – des huit maîtres d’ouvrage, puis de les rendre lisibles et
compréhensibles pour l’ensemble des parties prenantes. Avec en ligne de mire le bien commun, je m’emploierai à négocier avec diplomatie, à dégager les convergences pour faire progresser le projet et à aborder les divergences avec un esprit ouvert. La réussite de l’un conditionne celle de l’autre. L’ambition a sa place, mais je plaide pour qu’elle s’ancre dans le pragmatisme. J’entends également offrir une lecture aussi claire que possible des choix à effectuer, convaincue qu’un projet n’est solide que lorsqu’il adopte une vision globale. En m’appuyant sur mon expérience danoise – où partenariat et confiance mutuelle sont fondamentaux -, j’espère insuffler cette culture du travail collectif afin de faire avancer le projet ensemble. Bien entendu, tout au long du processus, mais en particulier dans l’élaboration du cahier des charges, l’implication des usagers – actuels et futurs, aux profils et âges variés – demeurera essentielle, puisque ce sont eux qui font vivre le quartier.
Pouvez-vous mentionner une réalisation que vous considérez comme une réussite ?
La réhabilitation des anciens docks de Copenhague me semble exemplaire. Ce vaste projet urbain a transformé d’anciennes zones portuaires industrielles en quartiers mixtes. À partir des années 1990, la ville a progressivement réaménagé ces friches en espaces publics, logements, bureaux, équipements culturels et lieux de baignade. L’objectif a été de reconnecter la ville à son front d’eau, ouvrir le port aux habitants et favoriser les mobilités douces. Le succès tient à la combinaison d’ambitions très élevées – notamment en matière de bas carbone – et d’une grande flexibilité, qui a permis d’ajuster le projet aux besoins réels des usagers. Ce projet offre des pistes inspirantes pour Belle-Terre. Je suis impatiente d’en apprécier la portée !
- Territoire de 38 hectares
- À terme, 7000 habitants (40% de la population de la commune de Thônex) et près de 2700 logements, ainsi que des commerces et équipements.
- Trois étapes (2021, 2030, 2034), avec une répartition de logements d’utilité publique, en location contrôlée et libre, et en propriété.
- En cours, la deuxième étape consiste en la réalisation des pièces urbaines A1 et A3 ; les études d’avant-projet de plan localisé de quartier ont démarré pour les pièces A4 et A5 (3e étape).
- Prestations du Comptoir Immobilier : organisation du concours d’urbanisme, plan de quartier, autorisation de construire, pilotage global (en partenariat avec Batima), exploitation.

